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EXCLUSIF LE CANDIDAT ALI BENFLIS A OUEST INFO "Je propose un programme d'urgence nationale"

Dans le cadre de la campagne électorale aux élections présidentielles, le quotidien Ouest Info a pris contact avec les cinq candidats en course. Une première dans les annales de la presse nationale en invitant les cinq postulants à l'investiture suprême à s'exprimer pour nos fidèles lecteurs et lectrices. Après avoir le bal avec le candidat Azeddine Mihoubi, aujourd'hui, nous avons l'honneur d'ouvrir nos colonnes dans un deuxième entretien exclusif au candidat Ali Benflis dans un entretien à bâtons rompus et dans une totale transparence. Rappelons que M. Ali Benflis, né le 8 septembre 1944 à Batna en Algérie, est un homme d'État algérien. Ministre de la Justice de 1988 à 1991, il est chef du gouvernement de 2000 à 2003. Il se présente aux élections présidentielles de 2004 et 2014, où il réunit respectivement 6,4 % et 12,3 % des suffrages. Nous remercions toutefois M. Ali Benflis d'avoir répondu favorablement à notre invitation. Écoutons-le : De notre bureau à Paris Y.Houmad - Ouest Info : L'élection présidentielle approche à grands pas. Que souhaitez-vous à l’Algérie ? - Ali Benflis : Je souhaite à mon pays ce que lui souhaitent la majorité de mes compatriotes. D’abord, que l’élection présidentielle se tienne dans un climat serein, de respect et de tolérance entre ceux qui sont favorables à cette élection et ceux qui militent pour le boycott de ce scrutin. Ensuite, que notre pays dépasse rapidement la crise politique, économique et sociale qui l’affecte, retrouve la stabilité politique, emprunte le chemin de la croissance économique et du développement durable au bénéfice de tous les Algériens sans exclusion aucune, reprenne sa place de choix sur l’échiquier régional et international. C’est à la réalisation de ces objectifs, qui figurent dans mon programme d’urgence, que je vais me consacrer, si le peuple algérien m’accorde sa confiance. - O. I : Quatre autres prétendants dans cette course à la présidentielle : Azzedine Mihoubi, Abdelmadjid Tebboune, Abdelkader Bengrina, Abdelaziz Belaïd et d’après-vous, quelles devront-être les qualités du futur président de la république ? Quel est le type de président capable d'incarner et de rassembler le pays ? - A. B : Le futur président de la république doit avoir à son actif, un parcours politique irréprochable d’intégrité et d’engagement, un homme politique d’expérience, rassembleur autour de sa personne et de son programme, un leader politique ayant une vision claire et des ambitions pour son pays. En résumé, un Président ayant des qualités d’Homme d’Etat, totalement dévoué à son peuple et à son pays. - O. I : Le pays traverse une énième crise politique depuis le 22 février, à quoi est due cette fragilité en Algérie, cette dissension entre les partis politiques, cette querelle permanente entre les individus ? Comment expliquez-vous cela ? - A. B : La crise que vit notre pays, depuis la chute du Président déchu, a pour origine l’absence de consensus sur l’approche de la sortie de la crise de régime, globale dans laquelle le pouvoir personnel a plongé notre pays, par une gouvernance politique autoritaire, une économie de rente qui a considérablement accru la dépendance de notre pays de l’Extérieur, et une politique sociale dirigée vers la gestion de la paix civile plutôt que vers un véritable développement social. Alors qu’il y a un consensus sur la rupture avec le régime politique en place, l’édification d’un Etat de droit et l’instauration d’un régime démocratique, une partie de la classe politique considère indispensable de passer par une période de transition de 2 à 3 ans et l’élaboration d’une nouvelle constitution avant d’aller à des élections.L’autre partie soutient que, compte tenue de la gravité de la situation politique, économique et sociale du pays, il y a urgence à élire un Président de la République qui sera investi de toute la légitimité requise pour engager un processus de sortie de crise, de rupture et de changement. Personnellement, je partage ce dernier point de vue, partant de l’urgence d’une sortie de crise et de la profonde conviction que l’élection présidentielle constitue la voie la plus rapide et la moins coûteuse aux plans politique, économique, sociale et sécuritaire, pour notre pays, pour une sortie de crise durable. Je conçois, par ailleurs, le prochain mandat présidentiel, comme un mandat de transition et de réalisation des aspirations de la révolution du 22 Février. Je ne perds pas espoir de voir les divergences s’estomper et un consensus se dégager sur une feuille de route pour la rupture et le changement, après l’élection présidentielle. Si je suis élu, je m’efforcerai de réaliser un tel consensus. - O. I : Les perspectives économiques et sociales demeurent fragiles en Algérie, car fortement dépendantes du secteur des hydrocarbures, de la continuité des réformes amorcées et du climat politique. Quel sera votre plan pour stabiliser le pays et attirer les investisseurs ? - A. B : Notre pays vit une crise politique, une crise économique et une crise sociale qui sont liées .La persistance de la crise politique aggrave la situation économique et sociale et vice versa. Il nous faut donc une démarche globale de sortie de crise et c’est ce que je propose dans mon programme d’urgence nationale. La dépendance économique des hydrocarbures est le principal handicap de notre économie. Et effectivement, nos perspectives économiques et sociales seront compromises tant que cette dépendance sera prépondérante. D’où, l’impératif d’une réduction substantielle de cette dépendance par une diversification économique, notamment, par le développement de trois secteurs où l’Algérie a des capacités de développement et des réservoirs de productivité, à savoir, l’industrie, l’agriculture et le tourisme. Avec la résorption de la crise politique par la légitimité des institutions et le dialogue, le redressement de la situation économique, et l’apaisement du front social, notre pays retrouvera la stabilité. En plus d’une stabilité politique, économique et sociale retrouvée, sa situation géopolitique, ses richesses énergétiques et minières, ses réservoirs de productivité, l’importance de son marché, font de l’Algérie un pays à fort potentiel d’attractivité pour l’investissement étranger pour peu que le climat des affaires soit favorable. Et c’est justement ce que prévoit mon programme à travers une série de mesures à prendre et d’actions à engager, notamment, l’assainissement de l’environnement économique, la dépolitisation et la débureaucratisation de l’acte économique, la stabilisation de la législation et de la réglementation relatives à l’investissement étranger, le foncier industriel, la réforme bancaire. - O. I : L'heure est grave pour notre pays. L'enjeu est de préserver sa cohésion, d'organiser sa réconciliation. Seriez-vous à la hauteur ? - A. B : Je suis très conscient de l’ampleur de la tâche qui m’attend, si le peuple m’accorde sa confiance. Avec le projet de rénovation nationale que je porte et le Programme d’urgence nationale qui le sous-tend, je crois que je suis bien armé pour faire face aux enjeux de la situation politique, économique et sociale et relever les défis auxquels fait face notre pays, à savoir, au plan politique, transformer l’Etat national en Etat de Droit, renforcer l’unité et la cohésion de la nation, instaurer un régime démocratique où le peuple est souverain ; au plan économique, arrêter la détérioration de l’Economie nationale, engager les grandes réformes structurelles, et lancer une stratégie de diversification économique, au plan social, promouvoir un Pacte national sur la base des principes d’équité sociale, de solidarité nationale et d’intégration économique et sociale avec comme priorités l’éducation, la santé, le logement, l’emploi et l’attention à la Jeunesse. Je sais, par ailleurs, que la mise en œuvre du programme d’urgence nationale que je soumets à mes compatriotes n’est pas l’affaire d’un seul homme, quelle que soit sa légitimité. Ce n’est pas, non plus l’affaire d’un seul parti, quelle que soit l’envergure de sa base politique et sociale. C’est l’affaire de toutes les bonnes volontés qui ont à cœur notre pays et qui veulent contribuer à la sortie de crise et à l’émergence d’une République citoyenne et d’un Etat de droit. Mon programme est rassembleur. Ma démarche aussi. Je compte recourir au dialogue, à la consultation, à la concertation, dans tous les grands chantiers de réforme politique, économique et sociale, que je compte lancer dès le début de mon mandat. - O. I : Le programme de Benflis pour prévenir du chaos politique en Algérie. - A. B : Partant du constat que notre pays fait face à une crise multidimensionnelle caractérisée par une urgence politique, une urgence économique et une urgence sociale dont il importe d’assurer la prise en charge et le traitement sans plus tarder, je propose aux Algériens, non pas un programme électoral « classique », mais un « Programme d’urgence nationale » qui porte sur un changement global ayant pour but la modernisation politique, économique et sociale du pays. Un programme qui établit un ensemble de priorités absolues, politiques, économiques et sociales et s’inscrit en droite ligne des revendications justes et légitimes de la révolution démocratique pacifique, et dont les grandes lignes se déclinent en trois objectifs : - remettre au plus tôt l’Etat national en ordre de marche avec des institutions légitimes, du sommet à la base, pour bâtir la République citoyenne et l’Etat de droit, et la première de ces légitimités est celle d’un Président de la République élu démocratiquement lors d’un scrutin irréprochable et incontestable, - contenir l’effondrement économique, engager les réformes structurelles, et jeter les bases d’une Economie sociale de marché, pour construire une économie ouverte, diversifiée, créatrice de richesse et d’emplois, et un système de redistribution équitable, - enrayer la régression sociale et promouvoir un pacte social pour une société des libertés et responsabilités, une société solidaire où l’exclusion et la marginalisation n’ont pas de place. Ce programme offre une voie de sortie de crise tout en ouvrant des perspectives d’avenir prometteuses à notre pays. - O. I : Des membres de la communauté algérienne établis à l’étranger, soutenus par leurs pairs en Algérie, sont montés au créneau pour dénonce« l’offense » et « l’injustice » qui leur est faite à travers l’article 51 de la Constitution algérienne. Ils dénoncent notamment une violation du principe d’égalité des citoyens devant la loi. Allez-vous procéder au retrait de cet amendement si vous êtes élu ? - A. B : Au moment de l’adoption de la révision constitutionnelle du 7 février 2016 que j’avais qualifiée de « coup de force constitutionnel » dans un « livre blanc » que je lui avais consacré, j’avais dénoncé le caractère discriminatoire et diffamatoire de l’article 51 à l’égard de nos ressortissants établis à l’étranger. Il est, dès lors, dans l’ordre des choses, que je me propose, si je suis élu, de rétablir les membres de notre communauté établis à l’étranger dans tous leurs droits citoyens et d’expurger la Constitution et les textes législatifs et réglementaires, de toute disposition discriminatoire à leur l’égard, à commencer par l’Article 51 de la Constitution. - O. I : Les relations avec la France semblent plus détendues depuis quelques mois entre Alger et Paris : un renouveau ? - A. B : Je ne suis pas aux affaires. Je ne sais pas si les relations sont, comme vous le dites, plus détendues. Ce que, personnellement je regrette dans les relations algéro-françaises, c’est qu’elles ont pris le caractère d’une relation entre un régime politique, celui instauré par le Président déchu, et l’Etat français, une relation personnalisée, privatisée, au lieu d’être une relation d’Etat à Etat. Si je suis élu, je m’attacherai à rétablir les relations algéro-françaises dans leur cadre naturel d’une relation d’Etat à Etat, basées sur les principes du respect de la souveraineté, de l’équilibre des intérêts, et de la non-ingérence dans les affaires intérieures. - O. I : Si vous êtes élu, qui nommerez-vous comme Premier ministre ? - A. B : N’attendez pas de moi que je vous donne un nom. Ce que je peux vous dire, c’est que je me suis engagé, si je suis élu, à constituer un gouvernement d’ouverture politique, composé d’hommes politiques, de représentants de la Société civile et d’experts, qui restera en place jusqu’aux élections législatives anticipées. Une fois l’Assemblée Populaire Nationale élue, le Premier Ministre sera issu de la majorité parlementaire. - O. I : Pour l’heure, 5 femmes figurent dans le gouvernement Bedoui. La parité sera t-elle respectée avec vous ? - A. B : Ce que je peux vous dire, c’est que, si je suis élu, la femme sera bien représentée dans mon gouvernement et pas seulement dans des portefeuilles de la sphère sociale. Elle sera également présente dans toutes les Institutions. La femme est éligible à toutes les fonctions publiques. A tous les postes de responsabilité. La femme jouira de tous les attributs d’une pleine citoyenneté. - O. I : Pour finir, quelle citation vous décrit le mieux ? - A. B : « Que chacun dise ce qu’il croit être la vérité et que la vérité elle-même soit recommandée à Dieu. » Dans cette campagne électorale, dire la vérité aux Algériennes et aux Algériens, loin de tout populisme et de toute démagogie, sera ma ligne de conduite. - O. I : Monsieur Benflis, je vous laisse le soin de conclure. - A. B : Pour conclure, je dirai que la tâche est ardue mais notre peuple est connu pour sa résilience face aux épreuves difficiles. Le défi est grand mais les Algériens en ont relevé de plus grands encore. Dans l’histoire des Peuples, il y a toujours des générations qui se distinguent et la nôtre se distinguera, certainement, dans l’édification de l’Etat de droit et l’instauration d’un régime démocratique dans notre pays.